S’agit-il d’un nouveau scandale sanitaire, au même titre que la Josacine, la thalidomide, l’hormone de croissance ou encore le Distilbène ?
A écouter la presse radio, on serait tenté de répondre d’emblée par l’affirmative.
Le Mediator® (chlorhydrate de benfluorex) est un médicament autorisé depuis 1976, initialement classifié et prescrit en tant qu’hypolipidémiant. Quelques dates jalonnent son parcours : 1987, son indication a été validée en tant qu’adjuvant dans les régimes adaptés aux personnes avec des hypertriglycéridémies. 1990, une nouvelle indication en diabétologie a été validée : « adjuvant au régime adapté pour les personnes diabétiques en surcharge pondérale ». 1998, le laboratoire Servier a sollicité auprès de l’AFSSAPS une nouvelle indication thérapeutique dans le traitement du diabète de type 2 en première ligne. Cette indication n’avait pas été accordée en raison d’une insuffisance de données d’efficacité, par comparaison avec d’autres traitements antidiabétiques oraux de type 2 comme la metformine.
Une nouvelle étude menée en 2009 visant à objectiver l’efficacité du benfluorex en ajout d’un autre antidiabétique a révélé des effets indésirables dans le domaine cardio-vasculaire, ce qui a motivé la décision de l’AFSSAPS du 24 novembre 2009 aux fins de suspension de l’autorisation de mise sur le marché, dans l’attente de la décision de la Commission européenne prise en application de l’article 107 de la directive 2001/83/CE modifiée.
Qui plus est, une étude de la CNAMTS, assortie d’une étude complémentaire, rendue fin septembre et mise en ligne ce jour sur le site de l’AFSSAPS, a apporté un éclairage nouveau sur l’impact de la molécule dans la survenue de valvulopathies.
« Il est apparu que le risque de développer une valvulopathie augmente après 3 mois de traitement, explique Jean MARIMBERT, directeur général de l’AFSSAPS. Il est clair également que le risque est maximal dans les deux premières années d’utilisation et persiste deux ans après son arrêt avant de rejoindre le niveau d’une population non exposée. »
Plus encore, « Sur les 300 000 patients traités suivis sur une période de 4 ans et demi par la CNAM, il y a eu 597 hospitalisations pour insuffisance valvulaire, 64 décès dont 46 secondaires à la valvulopathie. On peut tenir pour certain qu’une centaine de décès sont dus au benfluorex sur cette période, et par extrapolation, au moins 500 au cours des trente dernières années depuis sa commercialisation » affirme le DG de l’AFSSAPS.
De son côté, le Groupe de recherche Servier souligne, dans un communiqué, que « les chiffres sont des hypothèses fondées sur des extrapolations. »
Le service juridique du laboratoire et l’assureur de ce dernier doivent sans doute se préparer, dans un avenir plus ou moins proches, à quelques procès en responsabilité médicale.
D’un point de vue plus opérationnel, on apprend qu’une mission sera confiée à l’Inspection Générale des affaires sociales (IGAS) au plus tard au 1er janvier 2011, afin qu’elle élabore des recommandations sur le développement des études post-AMM. Cette mission devra aussi proposer des dispositions nouvelles pour renforcer la coopération entre l’AFSSAPS et la CNAMTS pour avoir accès à des données de santé, nous indique le Quotidien du médecin.





2 commentaires le "Mediator® = Terminator ?"
Tous les cas sont différents:
la Josacine était contaminée par du cyanure, de façon plus ou moins intentionnelle/ criminelle .
L’hormone de croissance par un virus : son mode de fabrication a radicalement changé (extrait d’hypophyse humaine il est maintenant produit par génie génétique), ces médicaments restent reconnus utile et utilisé
Les cas du DES et de la Thalidomide sont assez proches: médicaments tératogènes formellement contrindiqué chez la femme enceinte, la thalidomide reste utilisée comme traitement de la lèpre, ils ont par leur nature même un effet toxique.
Le cas du sang, ou au moins des facteurs de coagulants contaminé par HIV est le même que celui de l’hormone de croissance.
A chaque fois, il faut imaginer la difficulté pour comprendre ce qui se passe:
Déjà remarquer une augmentation anormale d’une maladie, qui de très exceptionnelle (ex l’amélie: malformation qui consiste en l’absence (plus ou moins totale) d’un membre, passe à très rare, même en phase de thalidomide (augmentation d’un facteur 10 : en Allemagne de 1/10 000 à 1/1000 naissances. Le taux de complication est très loin de 100%, quelques millions de femmes enceinte ont été traitées (indication: nausées chez la femme enceinte…) on estime à 15 000 le nombre d’enfant affectés.
Il est alors très difficile de savoir ce qui cause le problème : nouveau virus ? contaminant alimentaire ? pollution? médicament ?
Une étude rétrospective ne peut qu’établir une liaison statistique entre 2 observations, pas un lien de causalité, elle fait toujours courir un gros risque de négliger un troisième facteur (dit « confondant ») qui est en réalité la cause et de la maladie et de l’exposition au produit mis en cause.
Par exemple on sait assez bien que la cigarette provoque le cancer du poumon, mais la consommation de tabac et celle de café étant fortement liée, on a aussi un forte corrélation entre consommation de café et cancer du poumon.
Exemple de l’épidémie de maladie de la vache folle et l’augmentation des cas d’une maladie qui y ressemble : le Kreutfeld-Jacob, il existe une liaison claire entre les 2 phénomènes : le temps, à part ça : rien.
Tout aussi légitime est le fait que J Chirac ait été président à la même époque, on a la même force de liaison statistique.
La découverte d’un agent infectieux responsable eut été autrement plus convaincante, mais on ne l’a jamais trouvé, le « prion » est une protéine synthétisée par le malade et est un simple marqueur de la maladie, pas un agent infectieux. Cela n’a pas empêché nos amis technocrate au nom du « principe de précaution » de faire dépenser des fortunes aux établissements de santé pour la modification de leur processus de stérilisation, sans le moindre commencement de preuve d’une quelconque efficacité.
En ce cas d’espèce, la découverte d’une surmortalité par valvulopathie chez les patients exposés au médiator résulte d’une étude à la méthodologie spectaculaire, mais dont la pertinence reste encore à démontrer:
SNIIRAM : (syndicat des régime d’assurance maladie) met en commun ses bases de données de remboursement de médicament, et croise les informations avec les données issues du PMSI: information concernant les causes d’hospitalisation, et les registres de décès de l’INSEE.
Pour éviter un « big brother » un peu inquiétant, les données sont anonymisées de façon irréversibles
une nouvelle ère s’ouvre dans les études épidémiologiques, reléguant au rang d’enfantillage les grandes études de cohorte du passé : Framingham et ses quelques milliers d’habitants est ridicule à coté d’une base de population de 48 millions.
On peut sans doute imaginer un système de phamacovigilance automatique, qui croiserait les données des 20 000 médicaments avec les 2300 GHS, ce qu’un ordinateur un peu puissant doit pouvoir faire en moins d’un jour par mois. Au passage une très bonne raison de continuer à rembourser les médicaments, au moins un peu.
Mais cette méthodologie interdit l’accès à un réel dossier médical du patient, on n’a donc que des informations très parcellaires sur les pathologies des patients traités. On ne peut pas exclure un facteur confondant. Ou un cofacteur favorisant l’apparition de cet effet secondaire, auquel cas, la leçon à tirer ne serait pas le retrait du médicament, mais la mention d’une contrindication.
pour ce qui est du terme d’ »extrapolation » utilisé par le laboratoire, c’est exactement celui utilisé dans l’étude qui a retrouvé 100 morts sur 3 ans, et a extrapolé à un nombre équivalent sur la période totale d’utilisation du médicament, n’ayant pas les information sur le début de cette période.
Je cite : « il semblerait qu’il y ait eu ces dernières années entre 150 et 250 hospitalisations chaque année en France, liées directement à une toxicité du Médiator et ayant entraîné une trentaine de décès. Si nous multiplions par 30 ans de commercialisation, le nombre de morts pourrait être entre 500 et 1000 morts. Ces donnés sont à tempérer. Il faudrait vérifier que le nombre de prescription a été stable au cours du temps. »
En effet, il faudrait vérifier avant de publier un rapport qui fait un gros buzz.
Un point de détail quand même, l’étude fait état de 3 fois plus de femme consommant le Médiator que d’homme, alors que le DNID est globalement un peu plus fréquent chez l’homme. Un usage massivement détourné comme médicament à maigrir est assez probable.
On est très loin du « scandale »
Bonjour
Deux brèves observations ,
En premier lieu ,la réaction du laboratoire sur l’ampleur du drame renvoie à ce que l’on pourrait attendre des pires clichés des pires séries hospitalo-policières , et pourtant je lis dans votre chronique :
« les chiffres sont des hypothèses fondées sur des extrapolations. » , commentaire aussi stupide que cynique qui ne saurait inspirer autre chose que la nausée …
En second lieu , comment se fait-il dés lors qu’un grand pays comme les Etats-Unis a procédé dés 1997 à l’interdiction du médiator qu’un minimum de diligence des autorités sanitaires de notre pays n’ait pas conduit , par des mesures présentées le cas échéant dans un premier temps comme provisoires , au moins à une suspension de la distribution de ce médicament , sachant par ailleurs que l’alerte était donnée dans notre par des ( au moins un ?) médecins spécialistes qui disposaient , ai-je cru comprendre au minimum d’un faisceau d’indices graves et concordants propres à alerter les décideurs .
Cordialement